Lavoirs de France

Photographie et histoire des lavoirs




Journal L’Est-Éclair ;août 2005

Avant 1914, dans les fermes importantes, la lessive avait lieu deux fois dans l’année. C’était une grande affaire, et même s’il fallait posséder des armoires entières de linge, on se changeait moins fréquemment.

Un travail en deux temps

Il fallait d’abord descendre du grenier ou de la remise la montagne de linge sale accumulé depuis six mois , lui faire subir un rinçage sommaire, amener l’énorme cuvier de chêne cerclé de fer, dresser cette pièce imposante sur un bâti et en tapisser le fond de paille ou de roseaux secs.

Pendant des mois, on avait récupéré les cendres de bois dans l’âtre et ces cendres finement tamisées étaient versées dans une rude toile de chanvre râpeuse appelée le charrier qui recouvrait le cuvier. On faisait ensuite couler sur cette masse de linge la "bue ". Un déluge d’eau bouillante qui, additionné au jus de potasse des cendres, baignait le tout, et qu’il fallait laisser macérer longuement. Soutirer cette sauce insipide, la réchauffer, la reverser sur le linge indéfiniment. Cette étape durait toute la journée.

Le lendemain, il faisait à peine jour. Les femmes du quartier, depuis longtemps prévenues, en profitait pour apporter leur petit linge tandis que les cuviers étaient amenés au lavoir par les hommes. La maîtresse de maison présidait à la lessive et les laveuses, qui restait là jusqu’à la nuit tombante, apportaient leur casse-croûte. Ces " femmes de journée", comme on les appelait, usaient de la brosse et utilisaient le battoir à tour de bras, avec le souci d’économiser le savon, en criant haut et fort ou en chantant. Le linge rincé était ensuite égoutté sur les pierres autour du lavoir, le banc de séchage, avant d’être étendu sur l’herbe. à la nuit, les hommes revenaient avec l’attelage pour rentrer la lessive et les laveuses.

Un vrai travail de forçat

Pour les pauvres, la lessive était bien sûr plus vite effectuée, et au bord du ruisseau ou de la rivière. Certaines laveuses utilisaient le " guéyeux" : une construction de bois comportant un plancher sur lequel la femme s’installait à genoux, ses deux pieds posant sur le fond de la boîte à laver qui touchait la surface de l’eau. On plaçait le "guéyeux" sur une rive en pente douce et le linge était rincé dans une eau bien claire sans toucher les bords souvent boueux. Parfois des imprécations éclataient à l’adresse du pêcheur imprudent qui troublait l’eau en amont ou envers la ménagère qui troublait l’eau en amont et rinçait innocemment son seau de toilette. À Arcis-sur-Aube, des maisons sans jardin où l’on aurait pu avoir la " petite cabane" et le tas de fumier, ne possédaient ni de latrines, ni de fosse étanche ou de tout-à-l’égout.

Durs hivers

Dur travail que d’être penchée sur l’eau et de remuer les lourds draps mouillés. Le linge attiré par le courant malmenait la colonne vertébrale, douloureuse à force d’efforts. L’hiver, avec les mains engourdies et gercées, alors que la glace se formait sur la rive, la laveuse connaissait le pire des travaux ménagers. L’arrivée du lave-linge fut une bénédiction sauf pour celles dont c’était le métier. On ne verra plus en hiver la silhouette emmitouflée usant de la brosse et du battoir dans l’eau glacée, et c’est tant mieux !

Le bateau-lavoir d’Arcis-sur-Aube

Situé à quelques mètres au-dessus des vestiges des premières industries du XIXème siècle, ce bateau installé au gré des crues, était un des hauts-lieux de rencontre des Arcisiennes. Toutes les rumeurs et cancans de la ville passaient par le bateau-lavoir. Les femmes qui y descendaient avec une brouette sur laquelle étaient disposées d’énormes lessiveuses fumantes ainsi que tous les accessoires nécessaires au lavage du linge, étaient principalement des lavandières au service des familles arcisiennes.

Radio-lavoir

L’abbé Durand raconte aussi : " Décidé en vertu d’un arrêté communal du 7 juin 1866, ce bateau lavoir, placé entre le port et le pont, était fixé à la rampe du gué par des câbles et des anneaux scellés au mur de soutènement. Des pieux fichés dans le lit de la rivière servaient également à l’immobiliser. Les brêles qui passaient alors agitaient le bateau lavoir et les galets intermédiaires en fonte dégradaient les murs furent remplacés par des galets en bois. Malgré toutes les précautions prises, le bateau lavoir faisait parfois des fugues, profitant des grandes eaux pour s’évader. Son utilisation était subordonnée à l’acquittement d’une redevance. Le "capitaine" du bateau-lavoir, une vieille femme, était chargée de la percevoir, et éventuellement, d’assurer une certaine discipline. Les laveuses (souvent professionnelles) étaient souvent appelées ironiquement "les poules d’eau" et ce lieu convivial d’où partaient les " nouvelles ", était parfois appelé " radio-lavoir ".

Sources citées par L’Est-Éclair :
Les lavoirs au fil de l’Aube, par Bernard Delemontey
- Récits de M. Claude Jouvancy
– Livre : Arcis-sur-Aube, 1900-2000, un siècle de mémoire illustrée de Mme Christelle Allais et de MM Piat Robert, Michel et Emmanuel.

Le bateau-lavoir d’Arcis-sur-Aube

(Renseignements fournis par Claude Jouvancy, instituteur honoraire.)

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L’abbé Durand (L’Aube en cartes postales, tomes I & II. ) raconte : "Il y avait en premier lieu le lavoir fixe avec un plancher mobile. Il y avait aussi le bateau-lavoir qui se maintenait sur l’eau de la rivière qu’elle soit étale ou en crue.[...]Ce bateau lavoir a été décidé en vertu d’un arrêté communal du 7 juin 1866. […] Placé entre le port et le pont, il était fixé à la rampe du gué par des câbles et des anneaux scellés au mur de soutènement. Des pieux fichés dans le lit de la rivière servaient également à l’immobiliser. Les brêles qui passaient alors agitaient le bateau lavoir et les galets intermédiaires en fonte dégradaient les murs ; ils furent donc remplacés par des galets en bois. […] Malgré toutes les précautions prises, le bateau lavoir faisait parfois des fugues. Ordinairement il profitait des grandes eaux pour s’évader. […] Les droits d’accès étaient fixés en raison du temps d’occupation et non de la place occupée : les particuliers payaient 5 centimes pour 2 heures d’occupation, 10 c. pour 4 heures et au-delà, 15 c. pour la journée.Après avoir rempli une brillante carrière de 62 ans, le bateau lavoir d’Arcis fut admis à faire valoir ses droits à la retraite. "
La comClaude Jouvancy a connu ce bateau lavoir lorsqu’il était enfant ; il l’a vu amarré en bas du plan incliné. Il m’a communiqué les renseignements ci-dessous, ainsi que le dessin. L’utilisation du bateau-lavoir était subordonnée à l’acquittement d’une redevance. Le " capitaine " du bateau-lavoir, une vieille femme acariâtre, était chargée de percevoir la redevance, et éventuellement, d’assurer une certaine discipline. Les laveuses (souvent professionnelles) étaient souvent appelées ironiquement "les poules d’eau". Ce lieu convivial d’où partaient les " nouvelles ", était parfois appelé " radio-lavoir ".
Un ou plusieurs lavoirs ont été répertoriés dans cette commune. Malheureusement nous n'avons ni photo ni descriptif de celui/ceux-ci.N.B. Un bateau-lavoir a existé à Courceroy : construit en 1934, détruit par un bombardement en 1944.
La Photographie du lavoir,Arcis-sur-Aube,Aube,10,Champagne-Ardenne, France Photographie du lavoir,Arcis-sur-Aube,Aube,10,Champagne-Ardenne, France
voir aussi :
Lavoirs de L'aube
Lavoirs de Champagne-Ardenne
Lavoirs de Bourgogne-Franche-Comté

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